FONDATIONS DE L'ORDRE DEPUIS LA 2ème
GUERRE MONDIALE[1]
Tableau
d'ensemble
Un regard rapide sur la liste des
monastères de l'Ordre, dans l'ordre de leur date de fondation, à la fin de l'Elenchus
Monasterium, montre que les quelque soixante-cinq dernières années de
l'Ordre ont été très fertiles en fondations.
Parmi les monastères actuels de
moines, 56 existaient déjà avant la 2ème Guerre mondiale, dont 15
ont été fondés après 1892. Des 26 monastères de moniales à la même date, 13 ont
été fondés après 1892. Depuis la guerre,
47 nouvelles communautés de moines et 46 nouvelles communautés de moniales.
Parmi elles 5 communautés de moines et 8 de moniales sont des incorporations.
Toutes les autres sont des fondations.
Avant la guerre, seulement 12
monastères de moines se situaient hors d'Europe (8 en Amérique, 2 en Asie, 1 au
Moyen-Orient et 1 en Afrique. À la même date 4 monastères de moniales seulement
étaient situés hors d'Europe (2 au Japon et 2 au Canada).
Parmi les fondations de moines faites
depuis lors, 8 ont été faites en Europe de l’Ouest, 1 en Europe de l’Est, 10 en
Amérique du Nord (9 aux USA et 1 au Canada, qui fut
fermée par la suite); 7 en Amérique latine (5 en Amérique du Sud, 1 au Mexique,
1 dans les Caraïbes); 9 en Asie/Océanie; et 11 en Afrique/Madagascar. Parmi les
fondations ou incorporations de monastères de moniales dans la même période, 17
(dont 8 incorporations) sont en Europe de l’Ouest; 1 en Europe de l’Est, 5 aux
USA; 6 en Amérique latine (4 en Am. du Sud, 1 au Mexique et une en Amérique
Centrale); 7 en Afrique et 5 en Asie/Océanie.
Un des phénomènes intéressants est
que cette augmentation continue du nombre des monastères est contemporaine avec
une diminution continue du nombre de moines et de moniales. Un grand nombre de
ces fondations ont été faites entre 1944 et 1960, quand les vocations étaient
nombreuses et le nombre de moines et de moniales dans l'Ordre était en
augmentation continue. Mais alors qu'il y a eu un changement radical dans le
nombre des vocations à partir de 1960 pour les moines et quelques années plus
tard pour les moniales, le mouvement des fondations ne s'est pas arrêté même
s'il se ralentissait certainement un peu. La moyenne du nombre des moines par
monastère en 1960 était de 55, maintenant elle est de 23. Pour les moniales,
ces chiffres sont respectivement 46 et 25.
La principale conséquence de ce
phénomène a été qu'un certain nombre de maisons fondatrices ont fait
l'expérience d'un manque important de vocations presque immédiatement après
avoir fait des fondations, et pour cette raison n'étaient pas en mesure, en
certains cas, de donner à ces fondations toute l'aide dont elles auraient eu
besoin, spécialement dans le domaine de la formation.
Selon
les aires géographiques
Europe
Des 8 fondations de moines faites en
Europe de l’Ouest durant cette période, 2 furent faites dans les années
quarante, peu de temps après la seconde guerre mondiale: Nunraw par Roscrea en
1946 et Bethlehem par Mount Melleray en 1948. Ces deux fondations ont été faites
dans des régions du Royaume Uni où la vie cistercienne n'était pas encore
présente, Écosse et Irlande du nord. On ne peut pas dire la même chose pour
Bolton fondé en 1965 dans la partie centrale de l'Irlande, pas très loin de
Mount Melleray et de Roscrea, et de Sobrado fondé en 1966 sur la côte est de
l'Espagne, pas très loin de Osera. Deux autres furent faites en Espagne par la
suite et par la même communauté de La Oliva : Las Escalonias en 1994 et
Zenarruza en 1996. Il faut y ajouter l’incorporation de Boschi en 1996 et celle
de Myrendal en 2002, ainsi qu’une fondation récente en Europe de l’Est, celle
de Novy Dvur 1999).
Pendant la même période plusieurs
monastères espagnols de moniales ont été incorporés à l'Ordre: Vico et Arevalo
en 1951, Avila et Benaguacil en 1954, Carrizo en 1955 et Tulebras en 1957.
Brialmont, en Belgique, a été incorporé en 1976 et Donnersberg, en Allemagne en
2002.
En dehors de ces incorporations, 9
fondations de moniales ont été faites en Europe de l’Ouest pendant cette période:
Nazareth par Soleilmont (1950), Maria-Frieden par Berkel (1953), Valserena par
Vitorchiano (1968), Paix-Dieu par les Gardes, Klaarland par Nazareth (1970), la
Paz par Alloz (1976), et Armeintera encore par Alloz (1989) Tautra par
Mississippi (1999) et Meymac par Laval (2007). Il faut y ajouter la fondation
de Naši Pasi en Europe de l’Est par Vitorchiano (2007)
Bien qu'on hésite à séparer en
différentes catégories ces fondations européennes, on peut voir des différences
évidentes entre celles qui furent faites peu après la 2ème guerre mondiale,
avec les problèmes particuliers de cette époque, et celles faites dans les
années soixante et soixante-dix. Maria-Frieden, fondé en Allemagne par des
moniales hollandaises, seulement huit ans après la fin de la guerre est un bon
exemple des difficultés rencontrées par le premier groupe. La Paix-Dieu et
Klaarland fondés la même année (1970) sont les témoins des tentatives faites
dans les années soixante-dix pour une nouvelle expression simplifiée du
charisme cistercien.
En ce qui concerne les
incorporations de monastères de moniales pendant cette période, il pourrait
être utile de réfléchir à la façon dont elles ont été réalisées et les
difficultés qu'elles ont expérimentées, puisque nous pourrons avoir certains cas
semblables dans le futur. Pendant les premiers siècles de l'Ordre, quand les
incorporations de monastères étaient fréquentes, un groupe important de moines
ou de moniales était souvent envoyé dans le monastère qui serait incorporé,
afin d'aider la communauté à progresser dans l'esprit et le charisme
cistercien. L'Ordre a-t-il eu un tel souci pastoral dans ces cas? Peut-être
simplement cela n'a pas été jugé nécessaire.
Amérique
du Nord
Avant la guerre, il y avait aux
États-Unis d'Amérique 3 maisons de moines fondées au milieu du XIXème siècle,
et elles avaient connu un développement lent jusqu'à la seconde guerre
mondiale. Pendant et après cette guerre, il y a eu dans ces maisons,
spécialement à Gethsemani et à Spencer, une augmentation étonnante du nombre
des vocations. Plusieurs fondations ont été faites en quelques années, juste
pour faire face à l'affluence des novices. Gethsemani a fait 5 fondations aux
USA entre 1944 et 1955, et Spencer 3 entre 1948 et 1956. Au Canada il y avait 4
maisons. En 1977 une nouvelle fondation a été faite par Oka dans l'Ontario pour
recevoir les vocations anglophones venant de l'Ouest et du centre du Canada ;
elle a été fermée en 1998).
La première fondation de moniales a
été faite aux USA à Wrentham, en 1949 par Glencairn, et la seconde à Redwoods
en 1962 par Nazareth. Dans les 30 années suivantes Wrentham fera 3 fondations
aux USA: Mississippi (1964), Santa Rita (1972) et Crozet (1987). Les deux
monastères de moniales au Canada n'ont pas fait de fondations. Mississipi fonda
Tautra, en Norvège (1999).
Ces fondations nord-américaines
doivent une bonne part de leur vitalité au développement et au nouveau rôle de
l'Église catholique américaine dans les décennies qui ont suivi la guerre.
Elles ont apporté à l'Ordre, en particulier dans les années soixante-dix, un
souffle de créativité qui a été généralement le bienvenu même s'il était
parfois ressenti comme menaçant.
Afrique
En Algérie Atlas fut fondé par
Aiguebelle en 1934. Ensuite en 1951, la fondation de Grandselve (maintenant
Koutaba), également par Aiguebelle, a été le début d'une longue série de
fondations faites en Afrique par plusieurs communautés de l'Ordre. Les
monastères de moines sont: Mokoto, par Scourmont en 1954; Victoria, par Tilburg
en 1956; Emmanuel, par Achel en 1958; Maromby, par Mont-des-Cats en 1958; Bela
Vista, par San Isidro en 1958; Bamenda par Mount S. Bernard en 1963; Kokoubou
par Bellefontaine en 1972; Awhum adopté
par Genesee en 1978. Nsugbe, au Nigeria par Bamenda en 2000 et Illah, également
au Nigéria, incorporé en 2005 avec Genesee comme maison-mère.
Les fondations de moniales en
Afrique/Madagascar durant la même période ont été: La Clarté-Dieu par Igny
(1955); Étoile Notre-Dame, par les Gardes (1960); Butende par Berkel (1964);
Grandselve, par Laval (1968); Abakaliki, par Glencairn (1982); Huambo, par
Valserena (1982); Kikwit, une fondation africaine par une autre fondation
africaine, l'Étoile Notre-Dame (1991), et Ampibanjinana par Campénéac (1996).
Kibungo, au Rwanda, a été fondé en 2002 par un groupe de soeurs ayant dû fuit
Murhesa, au Congo, par suite de la guerre civile de 1996.
Une des caractéristiques communes
des fondations africaines est la difficulté de la situation économique qu'elles
rencontrent actuellement. Elles sont presque toutes réduites à une économie de
subsistance, produisant à peine assez pour se nourrir, alors que quelques-unes
d'entre elles avaient, il y a quelques années, une économie florissante et
étaient auto-suffisantes. Cette situation est due à celle de l'Afrique en
général, qui dépend du système économique mondial et des situations locales au
niveau social et politique. Quelques-unes, ont vécu (comme celles de l’Angola)
ou vivent encore (comme celles de la Rép. Dém. du Congo) depuis des années dans
une situation de guerre. La générosité avec laquelle elles sont fidèles à leur
vie monastique dans ces conditions est admirable et, dans quelques cas,
vraiment héroïque.
Une autre caractéristique de
beaucoup de ces maisons (pas de toutes cependant) est d'avoir un bon nombre de
vocations, même si le discernement soit beaucoup plus difficile dans un
contexte culturel où il n'y a pas une longue tradition monastique, et
spécialement quand ce discernement doit encore être fait par des fondateurs
d'une autre culture. En lien avec cela il y a, pour beaucoup de ces fondations,
un grand besoin d'aide dans ce domaine, et l'impossibilité où elles se trouvent
souvent d'obtenir cette aide, car la maison mère est elle-même terriblement à
court de personnel. Un bon nombre de monastères auraient besoin d'au moins
quelques personnes en plus pour être aidées au plan de la formation, ou
simplement de moines ou de moniales mûrs et solides, pour donner seulement un
témoignage de vie des valeurs monastiques aux jeunes en formation.
Nos moines et nos moniales d'Afrique
ont certainement une contribution spéciale à donner à l'Église locale dans le
domaine de l'inculturation, comme le Pape Jean Paul II leur rappelait à Parakou
il y a une quinzaine d’années, mais peut-être que le moyen le plus rapide pour
cela est d'assurer une solide formation monastique de base à tous les jeunes
africains qui viennent au monastère.
Amérique
Latine
Presqu'immédiatement après avoir
fait trois fondations aux USA Spencer en a fait deux en Amérique du Sud: Azul
en 1958 et La Dehesa (plus tard appelé Miraflores) en 1960. (Miraflores est
passé plus tard à Gethsemani). Ensuite, nous devrons attendre 20 ans avant que
d'autres fondations soient faites en Amérique latine: Novo Mundo par Genesee en
1980 et Jacona par San Isidro en 1981. Quelques années plus tard: Los Andes par
Holy Spirit en 1987 et Evangelio par Viaceli en 1989. Presque dix ans plus tard
San Isidro fondra Paraíso.
Quant aux moniales, Ubexy a fondé El
Encuentro au Mexique en 1971. Puis il y aura trois fondations faites par
Vitorchiano en Amérique du Sud: Hinojo (1973), Quilvo (1981), Humocaro (1985).
Récemment Tulebras a fondé Esmeraldas en Équateur (1992). En 2001 Hinojo fonda
Juigalpa en Amérique Centrale.
Il y a maintenant en Amérique du Sud
une présence monastique solide et bien établie. La Conférence régionale
cistercienne (REMILA) ainsi que les différentes Conférences monastiques de
Bénédictins et Cisterciens d'Amérique latine sont très actives pour veiller à
la formation de leurs membres. Bien que les distances soient grandes entre les
maisons, les moyens de transport sont certainement bien meilleurs qu'en
Afrique. Le nombre des vocations a un peu diminué depuis une dizaine d’années,
mais il y a déjà un solide noyau de moines et moniales sud américains dans
chaque communauté.
Une autre raison pour laquelle les
fondations en Amérique du Sud ont rencontré beaucoup moins de difficultés que
celles d'Afrique, est que cette Église a des racines qui remontent à plus de 500
ans, même si la vie monastique comme telle, n'a jamais été présente pendant la
période de la colonisation, sauf au Brésil. Le très petit nombre de vocations
venant de groupes ethniques sud-américains est une question qui peut mériter
réflexion. Naturellement cela est lié avec l'histoire de la colonisation et de
l'évangélisation du continent.
Asie/Pacifique
du sud
Consolation en Chine, Phare au
Japon, et Latroun en Israël, ont été fondés au siècle dernier. En 1953, trois
ans avant de fonder Victoria en Afrique, Tilburg fondait Rawa Seneng en
Indonésie. Puis, quelques années après avoir fondé Nunraw et Bethlehem, Mount
Melleray fondait Kopua en 1954, et Roscrea fondait Tarrawarra la même année.
Plusieurs années plus tard, en 1968, Sept-Fons fondait N.D. des Iles, faisant
revivre une fondation faite en Nouvelle Calédonie un siècle plus tôt, et en
1972 la région américaine fondait N.D. des Philippines. En 1980 Phare fondait
Oita dans la partie centrale du Japon, et en 1991 Vina fondait Shuili à Taiwan.
On peut mentionner ici Saint-Sauveur, au Liban fondé en 1998 par Latroun et
fermé en 2006.
La série des fondations de moniales
dans cette partie du monde durant cette période commença avec trois fondations
japonaises faites par d'autres communautés japonaises: Imari, par Tenshien (1953),
Nasu, par Nishinomiya (1954), et Miyakojima, également par Nishinomiya (1981).
Il y eut ensuite une fondation en Corée, Sujong, par Tenshien (1987) et Gedono
en Indonésie par Vitorchiano en 1987. Vinrent ensuite Rosary, fondation faite
par Nishinomiya en 1993 et adoptée ensuite par Gedono ; Matútum par
Vitorchiano (1993), et Makkiyad par Soleilmont (1995)
Il est impossible de faire des
remarques générales sur ce groupe de monastères, car ils représentent une très
grande variété de cultures et de situations. Lantao et Shuili continuent
courageusement, mais dans des situations vraiment difficiles, la tradition
cistercienne établie par N.D. de Consolation, un des plus grands monastères de
l'Ordre peu d'années après sa fondation. Les monastères japonais de moines et
de moniales sont des témoins d'une solide implantation du charisme cistercien
au Japon depuis presqu'un siècle. Kopua tient bon avec courage tandis que
Tarrawarra et N.D. des Philippines ont été bénies par d'assez nombreuses
vocations etc. Rawa Seneng et Gedono ont aussi une bonne proportion de leurs
communautés en formation. N.-D. des Iles en Nouvelle Calédonie, fondée en 1968
a été fermée en 2001.
Un trait commun à beaucoup de ces
monastères est la très grande distance géographique qui les sépare de la maison
mère. N.D. des Philippines est un cas intéressant, puisque c'est une fondation
préparée et assumée par toute une région.
Monastères
ayant fait plusieurs fondations
Monastères
de moines
Roscrea,
après avoir fondé Nunraw en 1956, est allé en Australie huit ans plus tard, en
1954, et a pu encore fonder Bolton en Irlande en 1965, mais ce fut alors que
les vocations commencèrent à diminuer.
Mount
Melleray, après avoir fondé Bethlehem en 1958, est allé en Nouvelle Zélande en
1954.
San
Isidro, après avoir fondé Bela Vista en 1958, est allé au Mexique en 1981, puis
en Équateur en 1998.
Tilburg,
après avoir fondé Rawa Seneng en 1953, a pu encore fonder Victoria au Kenya
trois ans plus tard seulement.
Viaceli,
après Sobrado en Espagne en 1966, est allé en République Dominicaine en 1989.
Les
maisons de moines les plus "fertiles" sont évidemment Gethsemani et
Spencer. Gethsemani a fait 5 fondations aux USA entre 1944 et 1955; et plus
tard a adopté Miraflores au Chili. Spencer a fait 3 fondations aux USA entre
1948 et 1956, et 2 ensuite en Amérique du Sud: 1958 et 1960. Le nombre de
moines envoyés dans ces fondations est peut-être encore plus significatif: par
exemple, Gethsemani envoya 29 fondateurs à Mepkin, 21 à Genesee et 32 à New
Clairvaux.
Monastères
de moniales
Le cas le plus évident est
Vitorchiano qui, après avoir fondé Valserena en Italie en 1968 a fait 3
fondations en Amérique du Sud entre 1973 et 1985, et une en Indonésie deux ans
après. Elle en fit par la suite une aux Philippines et une autre en République
tchèque. Dans ces cas le nombre de personnes envoyées est aussi impressionnant
(22 à Valserena).
Ensuite vient Wrentham qui, bien que
fondé seulement en 1949, a déjà fait trois fondations où il a été envoyé un bon
nombre de moniales. On pourrait encore mentionner plusieurs monastères qui ont
fait des fondations: Glencairn (Wrentham en 1949 et Abakaliki en 1982),
Tenshien (Imari en 1953 et Sujong en 1987), Berkel (Maria-Frieden en 1953 et
Butende en 1964), Nishinomiya (Nasu en 1954 et Miyakojima en 1981), les Gardes
(Étoile en 1960 et la Paix-Dieu en 1970), Nazareth (Redwoods en 1962 et
Klaarland en 1970), et enfin Alloz (La Palma en 1976 et Armenteira en 1989). Il
peut être intéressant de remarquer que beaucoup de ces maisons fondatrices
étaient encore relativement "jeunes" quand elles ont fait leur
première fondation.
Quelques
réflexions complémentaires
1)
Relation avec la maison fondatrice
Selon la tradition cistercienne, une
communauté est fondée par une autre communauté qui lui transmet sa propre
expression de l'esprit cistercien. Pour qu'une fondation réussisse et se
développe il est normalement nécessaire qu'elle ait été voulue et qu'elle soit
soutenue chaleureusement par la maison mère. Quand une fondation est le projet
personnel d'un abbé, ou d'un petit groupe de fondateurs, sans être assumée par
toute la communauté (ou au moins par une grande partie), il y a peu de chance
qu'elle se développe. Il y a des cas de fondations qui ont commencé comme une
aventure personnelle et qui se sont bien développées, mais seulement parce que,
à un certain moment, elles ont été assumées et adoptées par la communauté du
fondateur.
La relation entre la maison mère et
la fondation, pendant les premières années de la fondation, c'est-à-dire
jusqu'au moment de l'autonomie, est aussi essentielle pour le sain
développement de la nouvelle maison. Une communauté ne devrait pas fonder une
maison si elle ne prévoit pas la possibilité de continuer à soutenir la
fondation pendant plusieurs années, financièrement ou, au moins, en personnel.
Il faut une paternité responsable!
2)
Responsabilité collective
Malgré ce qui vient juste d'être
dit, il reste que des communautés qui semblent être tout à fait en mesure de
faire une fondation, font soudain l'expérience d'un manque de vocations et
parfois d'une crise économique dans leur propre communauté, et ne peuvent plus
aider leur fondation d'une manière adéquate. Selon nos Constitutions, quand le
Chapitre Général approuve une fondation, toutes les maisons assument une
responsabilité collective à son égard. Il faut dire qu'il y a une grande
générosité dans l'Ordre, spécialement quand une fondation a besoin d'aide
matérielle. Mais il y a actuellement un grand nombre de fondations (et aussi de
communautés anciennes!) de l'Ordre qui ont un besoin extrême d'être aidées en
personnel, en particulier de personnes capables d'aider pour la formation des
jeunes moines ou moniales, et elles ne peuvent pas recevoir cette aide.
3)
Nombre des fondateurs
Dans l'Ordre le nombre traditionnel
pour une fondation était de 12 moines ou moniales. Autrefois, souvent un plus
grand nombre était envoyé. Dans notre récent Statut des fondations on ne
demande plus que 6 personnes, et parfois une exception est même demandée sur ce
point au moment de l'approbation. Y a-t-il un nombre idéal?... Quand un groupe
important arrive dans une culture différente, spécialement dans les jeunes
églises, le danger est de transposer dès le début d'importantes structures
importées qui seront difficiles à adapter plus tard. On a adopté un nombre plus
restreint plus tard, non seulement à cause du personnel disponible moins
nombreux dans les maisons fondatrices, mais aussi parce qu'on sentait qu'il
était plus facile pour un petit groupe de s'adapter à une culture différente.
Mais l'expérience tend à montrer que si nous voulons établir quelque part notre
genre de vie cistercienne commune, le groupe ne doit pas être trop petit. Non
seulement six semble être un minimum, mais parmi ces six, en plus du supérieur,
il doit y avoir un bon administrateur ou cellérier, un maître des novices, et
une personne capable d'être second supérieur. Créer une situation ou le
supérieur de la fondation doit assumer seul toutes ces tâches ne semble pas
loyal ni pour le supérieur, ni pour la fondation.
4)
Adaptation et inculturation
L'inculturation est un thème qui ne
peut pas être absent d'une réflexion sur les fondations de l'Ordre dans les
jeunes Églises. Le 9 février 1992, pendant son voyage en Afrique, le Saint Père
à mentionné son importance à nos moines et moniales de Parakou: "La vie
monastique est une grande force spirituelle pour une Église particulière... Je
connais la vitalité des communautés de ce diocèse, dont une a déjà fait une
fondation en dehors du Bénin. J'invite les communautés monastiques à offrir
leur contribution, spécialement dans le domaine de l'inculturation"
(Osservatore Romano, édition hebdomadaire en français, 9 fév.1993).
Très souvent, cependant, quand on
parle d'"inculturation" on pense seulement à "adaptation".
Il y a une différence importante entre les deux. L'adaptation est quelque chose
de nécessaire, important même, mais qui reste superficiel. Quand on arrive en
étranger dans une autre culture, il est normal de s'adapter aux coutumes de la
population locale. Et nous pouvons dire que, dans l'ensemble, les fondateurs de
nos fondations cisterciennes mentionnées ci-dessus ont été très courageux et
généreux pour s'adapter aux situations locales, en ce qui concerne la
nourriture, le vêtement, les bâtiments, etc. L'usage d'instruments de musique
locaux dans la liturgie est de même nature et cela a été fait dans une bonne
mesure. L'inculturation est quelque chose de beaucoup plus profond. C'est
quelque chose qui se produit de soi-même quand les représentants d'une culture
ont intégré l'expérience de foi et l'expérience monastique. Le point important
est que ce qui est inculturé n'est pas une série de coutumes extérieures mais
une expérience intérieure.
Quand on visite des monastères de
l'Ordre dans les jeunes églises, c'est un privilège de voir assez de moines et
moniales "authentiques" parmi les vocations locales et permet
d'affirmer qu'il y a un authentique processus d'inculturation bien en route.
Armand
VEILLEUX
[1]
Cette étude, faite pour le
volume dirigé par Dom Marie-Gérard Dublis sur l’histoire de l’Ordre au 20ème
siècle reprend, en la mettant à jour, une étude faite pour le Chapitre Général
de 1993.